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FEMINA RIDENS

Pour nous faire oublier l'effroyable bootleg sorti aux USA, les anglais de chez Shameless proposent enfin une édition DVD à la hauteur de FEMINA RIDENS (aka THE FRIGHTENED WOMAN aka THE LAUGHING WOMAN).
Le chef d'oeuvre sado-arty de PIERO SCHIVAZAPPA, disponible dans une copie director's cut restaurée, nous replonge dans les délires et les expérimentations graphiques d'un pop art au sommet de son excentricité, inspiré par NIKI DE SAINT PHALLE et JEAN TINGUELY.
Baigné d'une lumière volontairement clinique et harmonisé par une palette de couleurs glaciales et métalliques, FEMINA RIDENS n'a de cesse de destabiliser le spectateur en le transportant d'un univers ultra-stylisé à un autre, de l'antichambre d'un building fascisant et pompier symbolisant une multi-nationale prospère jusqu'au repère lounge et feutré d'un dangereux maniaque sexuel.
L'excellent soundtrack sensuel et groovy de STELVIO CIPRIANI achèvant de convaincre ici, si il en était besoin, que 1969 se sera inscrit définitivement comme l'année du septième art érotique italien.

BLACK EMANUELLE'S BOX

Séverin, petit éditeur américain spécialisé dans le cinéma érotique des années 60/70, vient de sortir son deuxième coffret BLACK EMANUELLE, incluant, comme le précédent, trois séries B et une compilation de thèmes bien groovys, extraits de trois fameux soundtracks que NICO FIDENCO a consacré à la journaliste la plus nymphomane du cinéma italien.
BLACK EMANUELLE / WHITE EMANUELLE cache le très arty et très abscons VELLUTO NERO, un nudie racoleur pseudo intello tourné en Egypte par le scénariste de FELLINI, BRUNELLO RONDI. Il faut préciser que malgré son retitrage trompeur, ce long métrage assez soigné dans sa photographie, n'a rien à voir avec la série originale dédiée à la reporter noire (l'héroïne s'appelle ici Laura et non pas Emanuelle).
Avec son intrigue dès plus intimiste, ses décors new yorkais flirtant parfois savoureusement avec l'univers des téléfilms seventies un peu cheap, et un budget moindre, le plus pop et plus psychédélique EMANUELLE NERA 2, pour lequel, une fois n'est pas coûtume, LAURA GEMSER cède la place à la pulpeuse novice SHARON LESLEY, diffère lui aussi des sexploitations exotiques tournées par la sculpturale égérie indonésienne.
LA VIA DELLA PROSTITUZIONE, dernier des cinq épisodes de BLACK EMANUELLE tourné par JOE D'AMATO (à noter que tous ces épisodes sont maintenant disponibles en DVD), offre quand à lui une plongée au coeur d'un cinéma d'exploitation, capable de se renouveler ici finalement assez peu, il faut bien l'avouer, par rapport aux précédentes excursions du duo de globe-trotters GEMSER/D'AMATO. Gageons que les inconditionnels de cette série y trouveront de toute façon toujours leur compte, pour une aventure qui, des steppes africaines à la jungle urbaine américaine, tente de jouer une fois encore la carte du dépaysement...
Pour l'aspect technique du coffret, on notera à regret que seul VELLUTO NERO propose une piste son italienne, alternative au doublage anglais toujours très ringard, et on se désolera de constater, que par manque de place, Severin a choisi une fois de plus d'amputer d'un grand nombre de compositions les soundtracks si fabuleux de NICO FIDENCO.
A défaut de proposer de très grands films de genre, ce coffret sympathique aura certainement le mérite de faire revivre aux nostalgiques d'un certain cinéma érotique, les souvenirs enfouis de la période fastueuse des projections de cinéma de quartier.

SHOCKUMENTARY EXTREME COLLECTION

Pour tous ceux qui n'ont pu se payer le luxe de visionner il y a quelques années le coffret 8 DVD, THE MONDO CANE COLLECTION, vendu il faut bien l'avouer, un prix assez exhorbitant, Blue Underground vient de rééditer sous forme de trois mini-coffrets Shockumentary, l'ensemble du pack dédié à la quasi-intégralité (il manque juste MONDO CANDIDO) de l'oeuvre sulfureuse du duo GUALTIERO JACOPETTI et FRANCO PROSPERI.
On ne s'étalera volontairement pas ici sur les célèbres MONDO CANE, ancêtres gentillets de la série sentionnaliste malsaine FACE A LA MORT, car il faut bien reconnaître que ces documentaires pseudo-ethnographiques à succès du début des sixties, ont assez mal supporté les outrages du temps. Deux autres titres de la collection méritent en revanche que l'on s'attarde d'avantage sur leurs contenus, souvent jugés politiquement très incorrects...
AFRICA BLOOD & GUTS, version américaine tronquée (mais présentant des scènes inédites) d'AFRICA ADDIO (1966), n'est qu'un prétexte à aligner sur un ton emphatique très gratuit, les pires scènes d'horreur extirpées du director's cut du film, et remontées sur un ton très cinéma d'exploitation. Il va donc sans dire que la version italienne originale du film, plus politisée dans sa narration, est donc à privilégier ici, si tant est que vous souhaitiez vous risquez dans une plongée au plus profond du sordide...
Si il est un talent, qu'il faut bien reconnaître à JACOPETTI & PROSPERI, c'est bien celui de faiseur d'images, on se laisse ainsi très vite hypnotiser par toute la beautée et la sauvagerie de la photographie splendide qui baigne les 139 minutes de cette odyssée dévoilant une Afrique en pleine mutation. Avec AFRICA ADDIO, ce n'est donc pas tant sur la forme, mais plutôt sur le fond qu'il y aura matière à débat...
On peut en effet se demander de prime abord ce qui a poussé ces deux réalisateurs, véritables descendants de nos chers COOPER & SCHOEDSACK, à se lancer dans une aventure aussi risquée. Les deux hommes ayant échappés de peu à la mort au cours du tournage, on ne peut leur nier une certaine dose de courage, pour ne pas dire une sacré part d'inconscience, à la connaissance des risques encourus sur le terrain.
L'intention de départ de nos deux aventuriers était louable, quoiqu'un peu naïve, mais était-il besoin d'accoucher d'une pareille oeuvre pour arriver à démontrer que dans un domaine où la folie meurtrière des hommes n'a d'égale que leur cupidité, la réalité dépasse de très loin la fiction ?
Au vue de telles images, AFRICA ADDIO déconcerte, c'est le moins que l'on puisse dire, les pires scènes de boucherie ne nous étant pas épargnées sur une durée de deux heures, on pourra se demander où s'arrête le travail de journaliste, et où commence le sensationalisme ? Sans faire du révisionnisme, faut-il pour autant accepter tout ce que l'on nous jette en pâture, comme un témoignage historique, alors qu'une partie de ce qui est filmé ici semble clairement bénéficier d'une certaine mise en scène : un peu comme quand COPPOLA nous balance du Wagner sur des scènes de bombardements au napalm, pour nous donner à réfléchir sur notre statut voyeuriste, face aux pires absurdités de l'humanité.
Au prix d'un travail d'investigation sur le terrain que l'on imagine des plus acharnés, notre duo de cinéastes se trouve toujours aux avant-postes, pour capturer les pires carnages animaliers, montrer en gros plans les génocides humains et autres exécutions sommaires (l'une de ces exécutions, qui semble avoir été préparée dans le but d'être filmée, prête aisément à la controverse...), avec au bout du compte un certain goût pour la surenchère dans la violence carnassière, tempéré par de trop rares moments d'accalmies où la terreur à l'écran cède la place à un humour satyrique cynique des plus percutant (la scène de distribution de sous vêtements avec la découverte d'un nouveau féminisme à l'africaine, la scène du safari photo avec les vieilles anglaises filmant dans son intimité le lion, roi des animaux déchu...).
Pour conclure, on dira que ce qui nous gêne le plus dans AFRICA ADDIO, ce n'est pas tant ce qui nous est montré à l'écran, mais plutôt le message universaliste très simpliste qui en découle par derrière, avec cette morale horripilante qui s'attache à essayer de prouver que les blancs et les noirs sont à parts égales, autant responsables des pires horreurs... Il y a ici des allusions forts déplaisantes du narrateur sur la mort du colonialisme, derrière lequel on sent bien pointer un certain regret pour l'Afrique de grand papa... On est dans les années 60 certes, et il faut donc savoir replacer le film dans son contexte politique, mais tout de même, rarement un reportage n'aura dévoilé une idéologie aussi raciste, tout en essayant de nous faire croire avec un ton faussement paternaliste que ça n'est pas le cas...
C'est certainement pour répondre à toutes ces critiques, que PROSPERI et JACOPETTI se sont lancés dans le tournage d'ADDIO ZIO TOM (1971), qui possède lui aussi d'incroyables qualités plastiques, et une mise en scène "felliniesque" des plus hallucinantes.
Cette dénonciation de l'esclavage, filmée en Haïti, propose dans sa version anglaise un montage très différent du director's cut d'origine, s'appuyant plus à nous offrir une relecture (très personnelle) du despotisme dans les états du vieux sud, mais si les deux versions proposent chacunes leurs lots de scènes inédites, on s'interessera une fois encore plus à l'oeuvre italienne, plus délirante dans sa forme, et volontairement montée comme un gros produit d'exploitation. Exploitation, oui le mot est encore laché, car là aussi FRANCO PROSPERI et GUALTIERO JACOPETTI échouent à nous montrer une image digne et crédible d'un sujet hautement sensible, qui tient donc plus ici de l'univers des plantations sexploitation trash de MANDIGO que du témoignage plus consensuel façon ROOTS (RACINES) d'Alex Haley.
On se demandera d'ailleurs comment tous ces figurants noirs exhibés à l'écran comme des hordes bestiales, serviles et décérébrées, ont pu se laisser filmer dans des situations aussi dégradantes. Un tel long métrage n'aurait jamais pu être tourné aux Etats Unis, et on imagine donc bien ici comment les réalisateurs ont pu bénéficier de toute la bienveillance du régime du dictateur haïtien Duvalier, bien trop content de pouvoir porter un coup de propagande envers son ennemi impérialiste américain.
ADDIO ZIO TOM qui s'annonce au départ comme un documentaire fiction particulièrement détaillé sur les horreurs coloniales du vieux sud, sombre ainsi très vite dans un cinéma bis des plus décalé, incluant nombre de scènes de bacchanales, où viennent s'entrechoquer les fanfaronneries d'un nain grimaçant, gardien d'un harem de nubiles à la peau ébène, et les vendettas urbaines sanglantes d'une escadre de militants black power, maniant la hache dans un Miami seventies encore très sectaire.
Faut-il vraiment le signaler, la photographie est une fois de plus somptueuse, les cadrages totalement délirants et très inventifs, et le gros soundtrack de RIZ ORTOLANI, obsédant et infectieux, fait lui aussi bien des merveilles... Ainsi, voici donc là encore un film qui, à défaut de remplir ses promesses militantes initiales, ravira assurément les adeptes d'un cinéma déjanté et provocateur.
Réservé à un public très averti, ces deux oeuvres très particulières sont à ne pas mettre entre toutes les mains, vous l'aurez bien compris, après les avoir visionnées avec le recul et toute la réflexion nécessaire qui s'impose...

MARIO BAVA COLLECTION

Avec la sortie d'un deuxième coffret consacré à MARIO BAVA, l'éditeur américain Anchor Bay semblait avoir voulu mettre les petits plats dans les grands, mais en y regardant d'un peu plus près, l'évènement annoncé ici se révèle vite être un pétard à demi mouillé. Une mise au point s'impose donc concernant ces deux "Bava Box", et une fois n'est pas coutume, nous nous intéressons ici au côté technique de ces DVD, dont la qualité artistique n'a de toute façon plus aucun secret pour le cinéphile éclairé...
On ne s'étalera pas sur le désign des objets en question, qui à défaut de faire l'unanimité, mais tout celà n'est qu'une affaire de goûts, aura au moins le mérite d'étaler une certaine originalité et une parfaite unité qui annonce si bien la couleur du sujet traité.
Au niveau des bonus, malgré la présence du spécialiste biographe américain, TIM LUCAS et en dépit du témoignage savoureux de l'acteur JOHN SAXON, on peut éventuellement se dire que la matière proposée est peut être un peu light, pour un projet de cette ambition, mais ce qui nous intéressera vraiment ici, c'est la qualité des copies présentées, et c'est bien là que le bas blesse un peu...
Au premier coup d'oeil, gageons que le profane n'y verra que du feu, les 13 films présents sur les deux coffrets alignent tous de superbes couleurs et une image fort respectable. Force est de constater pourtant que les apparences sont un peu trompeuses, certes en comparaison des anciennes éditions sorties chez Image Entertainment, une nette amélioration sur certains titres peut être observée, et si des films comme LES 3 VISAGES DE LA PEUR ou OPERATION PEUR présentent des copies chatoyantes bluffantes qui devraient faire encore illusion un certain temps dans le monde impitoyable de l'édition DVD, en revanche d'autres titres comme BARON BLOOD ou LISA ET LE DIABLE supportent assez mal au niveau des spécificités sonores (absence remarquée de la piste italienne, même si certains arguent de l'intérêt de la piste anglaise) et de la qualité de l'image, la comparaison face aux éditions italiennes de chez Raro.
Est-il besoin de préciser que LE MASQUE DU DEMON, au demeurant très beau sur ce coffret, n'atteint pas la cheville de l'impressionnant double DVD édité par RHV en Italie, et il en va de même pour la qualité de l'image de LA BAIE SANGLANTE comparée aux éditions sorties en France, ou encore pour le léger recadrage de QUATRE FOIS CETTE NUIT face au DVD Nocturno.
Ces deux coffrets, qui offrent, convenons-en, un excellent rapport qualité/prix, s'adressent donc en priorité à tous ceux qui voudraient découvrir à moindre frais, sans être trop regardant sur l'aspect technique, une bonne partie de la filmographie du maestro du cinéma fantastique gothique européen. Quand à l'amateur éclairé, toujours très pointilleux quand on lui parle de la photographie estampillée "Bava's Touch", un véritable dilemme s'offre à lui, et il lui faudra peser le pour et le contre, face à l'utilité d'investir dans des coffrets dont presque la moitié des films souffrent la comparaison avec les meilleures éditions du marché. Un choix cornélien en somme...