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BLAST OF SILENCE

Après MK2, c'est au tour des américains de Criterion de proposer une édition restaurée très fournie de BLAST OF SILENCE (1961 aka BABY BOY FRANKIE), l'occasion pour les retardataires de redécouvrir un des rares longs métrages d'ALLEN BARRON, qui s'inscrira par la suite comme un réalisateur prolifique et chevronné en matière de séries pour le petit écran américain.
Ce thriller très sombre, tourné avec un budget moindre et bénéficiant d'une somptueuse photographie en noir et blanc, nous plonge au coeur des artères palpitantes d'un New York nouvelle vague, sur les traces d'un sinistre tueur à gage. Filmé d'une façon "Cinéma Vérité" qui n'aurait pas déplu à CASSAVETES, jamais auparavant la "Big Apple" n'avait été mise à nue de la sorte, si ce n'est peut être dans la série très justement nommé NAKED CITY.
Au rythme imposé par la voix off du narrateur LIONEL SANDER (qui incarna Max dans la série L'AMOUR DU RISQUE), l'intrigue de ce polar noir oppressant s'écoule jusqu'à son dénouement inéluctable alors que, comme piégé par une mégapole qui semble vouloir l'écraser comme un misérable insecte, notre anti-héros tente de saisir dans son environnement proche la moindre petite parcelle d'humanité restante qui lui permettrait de se racheter finalement une conscience.
Plus qu'un film dont le véritable héros serait la ville, majestueuse, tentaculaire, fascinante, BLAST OF SILENCE est une de ces oeuvres profondément lucides et cruelles qui donnent à réfléchir de façon philanthropique et au visionnage de laquelle on ne ressort jamais totalement indemne...

JAZZ EN EL CINE NEGRO ESPANOL 1958-1964

Le label Fresh Sound a rendu hommage au cinéma noir espagnol de la fin des années 50 par le biais d'une habile compilation de soundtracks jazz entrecoupés de dialogues et d'ilustrations sonores extraits d'une dizaine de thrillers rares évoquant les bas fonds, le monde de la nuit et le milieu de la pègre ibérique.
Au travers d'un univers musical fortement inspiré par la popularité des bandes sonores en provenance d'outre-atlantique, ce CD nous présente ainsi la fine fleur des compositeurs latins, comme JOSE SOLA ou FEDERICO MARTINEZ TUDO, qui s'imposèrent dans le paysage musical du Barcelone de l'après guerre comme des émules latins de BUDDY MORROW, ELMER BERNSTEIN ou HENRY MANCINI. Les connaisseurs apprécieront...

MACON COUNTY LINE

Qui se souvient aujourd'hui de MACON COUNTY LINE (1973), petite série B estampillée Redneck Exploitation qui, fort d'un certain succès à l'époque dans les drive-in américains, tenta de s'imposer pendant quelques mois au box office comme le digne successeur de BILLY JACK et WALKING TALL ?
Warner Vidéo vient de déterrer assurément là un des plus sombres opus du genre, un drama dépressif et poisseux conçu comme un road movie en fin de course qui voudrait réinventer dans la douleur les codes d'un genre tombé en panne sèche après l'avènement d'EASY RIDER et TWO LANE BLACKTOP.
Embourbé ainsi dans la désespérance, et la noirceur du vieux sud, RICHARD COMPTON dresse un portrait sans concession de l'Amérique rurale du début des années 50 au service d'un véritable réquisitoire contre la violence absurde, la libre circulation des armes à feu et la bigotterie raciste : des thèmes qui n'ont malheureusement pas pris une seule ride plus de trente ans après...
On nottera que les chansons soul folk très pêchues du film sont interprétées par BOBBIE GENTRY, accompagnées ici d'un soundtrack du talentueux STU PHILLIPS.

JOHN BRAHM : TRILOGY OF TERROR

Il faut tirer un grand coup de chapeau à la 20th Century Fox qui vient d'exhumer trois chefs d'oeuvres oubliés du cinéma d'épouvante des années 40. Imaginez un croisement entre l'univers des thrillers toujours très inspirés d'ALFRED HITCHCOCK, et celui du cinéma fantastique envoûtant et crépusculaire de JACQUES TOURNEUR, et vous obtiendrez un cinéma onirique très proche de la dimension dans laquelle évolue l'esthète perfectionniste réalisateur JOHN BRAHM.
Si le très atmosphérique THE UNDYING MONSTER (1942) et son histoire de loup garou égaré sur la lande, rappelle un peu le cinéma fantastique de la même époque produit par l'Universal, THE LODGER (1945) adaptation d'un film d'ALFRED HITCHCOCK revisitant le mythe de Jack l'éventreur, et HANGOVER SQUARE (1945) s'inscrivent quand à eux, au panthéon d'un cinéma noir digne d'un ROBERT SIODMACK. Avec sa très forte présence à l'écran, LAIRD CREGAR, héros maudit de ces deux derniers opus, impose un jeu de scène théâtral et emphatique, préfigurant les rôles qu'incarnera VINCENT PRICE quelques années plus tard. Ce dernier reprendra d'ailleurs à la radio, pour un hommage appuyé, les personnages que Cregar avait personifié avec tant de charisme dans THE LODGER et HANGOVER SQUARE (ces deux émissions de radio sont proposées dans les bonus de cette trilogie DVD).
Ce coffret ravira ainsi tout autant les inconditionnels du film noir des années 40 que les adeptes de l'âge d'or du cinéma fantastique des grands studios hollywoodiens.